février 25, 2024

Goma Culture : spectacle ” Leo ” ou quand danse et slam font bon ménage.

De la danse et du slam pour l’émancipation de la femme. Tel est le leitmotiv au centre du Spectacle Leo (Aujourd’hui en français, ndlr) qui a fait tabac ce dimanche 25 septembre 2022 dans la grande Salle de l’hôtel Case Départ 2. Cette performance artistique met en scène 6 artistes dont 5 danseuses et une salmeuse. Pendant deux heures, le talent féminin était au rendez-vous pour parler de la condition féminine dans la société ainsi que les voies nécessaires à emprunter en vue de son émancipation. 

Bienvenue à Goma, Nord-Kivu où le slam cohabite avec différentes disciplines.  Pour rappel, qui dit Slam fait référence à un style déclamatoire poétique et musical. Le décor est planté dans une salle remplie des jeunes de toutes tendances. À l’animation, voici un duo féminin; Esther N’KUBA, écrivaine et présentatrice de l’émission ” Muke ” et Leslie MOBAMBO, actrice de théâtre et Maitresse de Cérémonie. C’est un moment de détente mais aussi d’instruction pour les spectateurs qui s’annonce déjà.

Pour commencer, Apolline SHUNGU, slameuse du collectif Goma slam session preste, elle parle de la vie sociale actuelle des jeunes, basée plus sur l’apparence que sur la réalité, le besoin matériel qui conduit parfois au dévergondage surtout chez les filles. Dans son deuxième slam, elle fait appel à la conscience congolaise sur le patriotisme en ayant un regard critique sur le système éducatif.

Apolline se rend compte que l’histoire enseignée dans les écoles congolaises met beaucoup plus en valeur les réalités étrangères que les siennes, ce qui ne serait pas étonnant que l’on maîtrise plus la deuxième guerre mondiale au détriment de l’histoire des martyrs de l’indépendance… Puis arrive la prestation a été celle de Cynthia Maarifa qui a interprété 3 chansons dont Girls on fire de Alicia Keys. Enfin, Prisca the drunker, comédienne hors pair dont la prestation humoristique a raflé de rires fous du public. Quelle entrée en matière!

Et voici ” Leo ”

Place maintenant au moment tant attendu de tous les spectateurs. Ce spectacle est jouée par les danseuses Christelle Valerie et Souzy Chloé de Goma, Prisca Kanga, Inès Mangominja et Monica Keza de Bukavu, et pour agrémenter Éliane Feza de Goma, la slameuse.Elle est mise en scène par le danseur Bienco Hangi, initiateur du groupe de danse ” Jengo Culture”

Habillée en robe de nuit et bonnet de douche, les artistes enchainent des séries des chorégraphies pour exprimer par leurs corps ce qui est leur constat sur la condition féminine dans la société. Une musique douce, des pas calculés et des mouvements expressifs convenant au message du slam. Une grande émotion s’invite dans le public tenu en haleine.

De gauche à droite: Monica, Ines, Christelle, Prisca, Souzy ©Vickhy Batezi

La dernière sortie chorégraphique est on ne peut plus émouvante. Eliane, la slameuse sort des coulisses répétant le verset du nouveau testament dans 1 Corinthiens 14:34-35 qui dit « que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. » 

Sur un ton de stupéfaction, elle insiste sur la dernière phrase « car il est malséant à une femme de parler dans l’Église » ensuite elle a scotché sa bouche par un ruban adhésif noir pour laisser la place aux danseuses sorties des coulisses bouches scotchées,

« Leo, mwanamuke Ana sema, mu pende musipo pende, mume sikia » (traduire cette phrase en swahili par « Aujourd’hui la femme s’exprime, que vous le vouliez ou pas, vous l’avez écouté! » les danseuses ont fait quelques pas de sursaut dans le public en signe de célébration de la libération puis elles sont sorties et le public a fortement applaudi. On pouvait voir dans le public des hochements de la tête en signe de conviction.

De gauche à droite: Souzy, Prisca, Cristelle, Monica, Inès, Eliane

Des positives appréciations…

Au cours d’une série des questions qui ont suivi le spectacle, l’artiste Bellamy PALUKU a d’abord félicité l’équipe. À l’en croire, c’était pour sa première fois en ville de Goma de voir un tel spectacle riche en messages de prise d conscience et mobilisation. Soutenant ces artistes, Esther Abumba indique que la création, la mise en scène ainsi que la chorégraphie étaient parfaite , son vœu est de voir ” ce spectacle être joué dans des villages pour permettre à la femme de prendre conscience que c’est leurs temps de prendre des décisions ”

De son côté, le chorégraphe Bienco Hangi qui a accompagné ces talentueuses filles a déclaré être satisfait de cette prestation. ” C’est le résultat d’un grand travail de résidence qui a commencé à Idjwi (île au cœur du lac Kivu) ensuite s’est poursuivi à l’Institut Français de Goma.” Tout en reconnaissant le talent que chacune des filles possède, celui-ci demande un soutien aux organisations et personnes des bonne volonté pour porter ces messages au-delà des limites de la ville volcanique de Goma.

” Dans l’avenir, nous comptons faire une tournée dans les ville de Bukavu ,Kinshasa et même dans des villages des territoires du nord et du sud kivu. Car il faut que  ce message atteigne  beaucoup de monde. Nous ne saurons pas y arriver sans le soutien de tous.” renchérit-il.

L’art c’est aussi une arme dans la transformation des mentalités. Avec Leo, ces filles estiment que c’est aujourd’hui le temps d’agir pour briser les stéréotypes du passé reléguant la femme au second plan, ignorant ses atouts et potentiel à rendre le monde meilleur. Voilà un bon exemple de la féminité engagée qu’il est important de soutenir.

Albert Isse et Mireille Ikuwze

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