février 25, 2024

 Quand des artistes jouent les griots dans une génération purement moderne

Ce dimanche 21 janvier 2024, à l’Espace Mashujaa, deux jeunes artistes slameurs, tous incubés par Goma Slam Session, ont livré un spectacle inédit en fin d’après-midi. D’un style révolutionnaire avec des textes d’éveil de conscience, Onésime Kalipi et Gautier Barhebwa ont déclaré leur amour envers la RDCongo tout en décrivant les éloges de ce pays malgré tous les maux dont il souffre pour le moment.

Mise en place terminé, c’est à 16h00′ que le Maître de Cérémonie, Ghislain Kalwira, a accueilli le public et ainsi introduit le spectacle par une brève présentation suivie d’une démonstration des membres de l’équipe de défense. Une sacrée complicité entre 3 instrumentalistes qui se montrent prêts à accompagner la réalisation de ce chef d’œuvre produit par des génies.

D’un côté Ibrahim Chomba démontre la magie des cordes de sa guitare alors que le Jeune Gratien fait des va-et-vient harmonieusement amusants sur le clavier de son piano, tous les deux sous le rythme des battements du tambour de Aspirine. A ce stade l’image sonore était déjà convaincante pour le public, que la fête commence.

Pour Commencer, c’est un artiste invité qui inaugure le stage : Le chanteur Dino commence une chanson d’amour, un produit fait maison qui emballe le public avant d’enchaîner avec une sorte de slow agrémenté de romance avant de clôturer sa partie par une interprétation de “Soweto” question de réchauffer le public et le lancer dans le vif du spectacle.

A sa sortie, le show passe du réel vers une scène hybride couplant une vidéo-projection à des voix off d’hommes. Et voici le spectacle, Onésime et Gautier déclament leurs tout premiers textes, à la congolaise c’est-à-dire au rythme de la Rumba.

De la faune vers la flore en passant par la qualité de la population qui habite le Congo après, les artistes font un coup de plume sur les pionniers de la culture congolaise. Ils prennent du temps pour naviguer longtemps dans cette ambiance de la musique congolaise avant de mettre un point au suspens quant à leur présence sur le stage. « Toi et moi c’est une histoire de fierté » s’exclament-ils s’adressant au pays de Lumumba.

Même ambiance, même mélodie, le duo est déjà sur le stage, ils enchaînent avec quelques vers d’amour relatant leur étroite attachement à la RDC. Que de la métaphore pour ces textes qui ont le style de rumba congolaise comme tapis sonore.

Quelques minutes après cette ambiance introductive, le show connait un changement radical touchant aussi bien les costumes des artistes que le font de leurs nouveaux textes à déclamer, chose qui, sans surprise, influence l’attitude du public d’ Internaitre.

Alors qu’ils sont tout aussi élégants que leurs paroles d’amour adressées au grand Congo, les artistes subitement dévoilent ce qu’ils cachaient à l’intérieur de leurs costumes au style occidentale. Résultat : Des habits déchiquetés pour ces 2 jeunes garçons criant « Liberté de la folie ». Instant éveil de la conscience, des vérités à la fois déchirantes et révoltantes sous un ton de rage, le public est ébahi et devient en même temps triste et pensif.

Quelques instants seulement après, retour au style vestimentaire moderne, mais cette fois, place à une sorte de battle pour un appel à la conscience collective. Cette partie semble mettre en désaccord les 2 artistes, vise clairement à conscientiser leurs compatriotes qui, selon eux, “ne savent qu’exposer le côté obscur du pays”

« Il y a plus de joie à décrire ses valeurs qu’à dévoiler ses défauts » s’exclame Gautier Barhebwa, d’un ton interpellatif s’adressant au public, attentif au battle mis en scène l’opposant, mais en même temps l’unissant, à son coéquipier Onésime.

Cela fait, la prochaine partie est un ‘’One man part’’ où défense a repris sa place et accompagné le show à nouveau. Dans un titre “Lève la main si tu sais”, l’artiste Onésime soulève une tonne de questionnements en même temps sur la vie de tous les jours et sur les problèmes du pays.

Ensuite le show s’est poursuivi par une partie entièrement en noir et blanc après une courte transition musicale assurée par le même guest, Dino également enchaîne avec les questionnements sur l’évolution du développement du pays, un appel à la prise de conscience.

Dans cette partie du slam en noir et blanc, les artistes chantent des éloges les plus oubliés, interpelant tous les acteurs de son malheur. Ils l’ont clôturée par un d’hymne d’adoration à la RDC, chanté sous un double tapis mélangeant des instruments de musique à la voix off lisse de Toussaint Makasi.

Le show se clôture directement par une ambiance culminante dans un morceau dénommé ‘’Précédemment dans le monde.’’ Dans cette partie les griots vantent les valeurs ancestrales, malheureusement oubliées, comparativement aux “anti valeurs qui rongent l’époque contemporaine.” Cela pour clôturer la scène de Internaitre, sans surprise, le public est debout avec des vives acclamations agrémentées des cris de joies.

Après plusieurs mois de préparations amorcées par ces 2 artistes slameurs, le public de internaitre s’en est sorti satisfait et ébloui par le talent dont ils font preuve. Si l’on en croit l’artiste Slameuse Francki D., la particularité de ces 2 artistes se situe au niveau où ‘’Ils disent des nouvelles choses mais avec des mêmes mots’’. Impressionnée par le génie exprimé par la poésie de ses pairs, celle-ci les félicite surtout pour ‘’les textes raffinés décrivant la grandeur et la valeur du Congo’’. ‘’Ils sont très intelligents et ils ont une plume qui impose le respect’’, declare t’il

Souffrant de multiple maux causés par divers facteurs, la société africaine a perdu plusieurs de ses valeurs. L’art étant une manière de s’exprimer et prêcher les bonnes valeurs, il convient que les artistes remplissent ce rôle interpellateur en usant des styles les plus convoités pendant les temps modernes.

Joseph Katusele

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