Dans les rues tranquilles de Kisantu, une révolution silencieuse se prépare. Du 25 au 27 septembre, cette petite ville de 120 kilomètres au sud de Kinshasa devient l’épicentre d’un combat singulier où les armes sont remplacées par des livres et les balles par des mots. Allegria Mpengani, l’âme de cette initiative, porte une conviction forte : « la littérature peut être une arme fatale pour combattre la guerre ». À travers sa troisième édition, le Salon du livre du Kongo Central transforme cette cité oubliée en laboratoire de paix, avec l’ambition de toucher directement 4000 jeunes âmes assoiffées de découvertes.
L’événement prend une dimension particulièrement émouvante dans cette localité de quelques milliers d’habitants où « il y a très peu d’accès aux livres et presque pas de bibliothèque », comme le déplore Mpengani. Ici, Jessica Modua des éditions Mabiki anime des ateliers de littérature jeunesse, Cire le Griot enchante avec ses contes, tandis qu’Élodie Ngalaka dialogue spécialement avec les jeunes filles. Plus de 20 écoles participent à cette fête du livre qui transforme chaque rencontre en moment magique. Un marché du livre improvise une librairie géante, et surtout, des milliers d’ouvrages seront distribués gratuitement dans les établissements scolaires, promettant de révolutionner l’accès à la culture dans cette région enclavée.

Porté par l’association J’accuse ma génération, ce salon dépasse le simple événement culturel pour devenir un acte de résistance créative. Après Mbanza-Ngungu en 2021 et Matadi en 2023, Kisantu perpétue une tradition qui fait de chaque page tournée un geste d’espoir. Dans les ateliers d’écriture organisés en prélude, les élèves ont exprimé leur regard sur les tourments du pays, prouvant que même les plus jeunes ont « une voix qui mérite d’être entendue ». Car comme le rappelle Allegria, élevé dans une mission protestante où les livres ont ouvert ses horizons « un peuple qui ne lit pas est un peuple qui court à sa perte ».
Azga Shachikere
